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Niger: la "mauvaise" qualité de l'eau, cause de l'hépatite E dans les camps de réfugiés

Des enfants lavent leurs mains à un point d'eau de l'Unicef dans le camp de réfugiés de Diffa au Niger, le 17 août 2016
La mauvaise qualité de l'eau et une mauvaise hygiène sont à l'origine de l'épidémie de l'hépatite E qui a déjà fait 25 morts dans des camps de réfugiés à Diffa, dans le sud-est du Niger, s'est alarmé mercredi Médecins Sans frontières (MSF).Selon un communiqué de l'ONG, des problèmes liés à "l’approvisionnement en eau et [aux] infrastructures d'hygiène et d’assainissement" expliquent l'épidémie d'hépatite E parmi "les populations déplacées et réfugiées à Diffa".Entre décembre 2016 et le 23 avril 2017, "25 femmes enceintes sont décédées" sur 135 cas d'hépatite identifiés à Diffa, déplore MSF.La région de Diffa, frontalière du Nigeria, subit depuis 2015 des attaques du groupe islamiste nigérian Boko Haram. Elle abrite plus de 300.000 réfugiés et déplacés, dont des milliers vivent aux dépens d'une population locale déjà très pauvre, selon l'ONU qui demande à la communauté internationale d'accroître son soutien financier pour leur venir en aide."Les activités d’eau et d’assainissement ne répondent clairement pas aux besoins de cette population", a dénoncé Elmounzer Ag Jiddou, chef de mission pour MSF au Niger, invitant les autorités du Niger et toutes les organisations à "assurer un approvisionnement en eau et un système d'assainissement adéquats".La semaine passé, le ministère nigérien de la Santé a assuré que "la situation était sous contrôle" mais a néanmoins appelé "les populations à la vigilance" et "à se rendre d'urgence" dans un centre de santé "dès l'apparition des signes" de cette maladie. Fièvre, maux de tête, vomissements, douleurs abdominales, urines foncées sont les principaux signes de l'hépatite E. Chez les femmes enceintes où il y a le plus de décès, l'hépatite E se manifeste également par des douleurs au bas ventre. L'hépatite E est une maladie du foie provoquée par un virus qui se transmet par voie fécale-orale, principalement à travers de l'eau contaminée, selon l'OMS.

Épidémie de méningite au Nigeria: nouveau bilan, 813 morts

Plus de 800 personnes sont décédées depuis cinq mois d'une épidémie de méningite qui frappe le nord du Nigeria, a annoncé mercredi le ministre de la Santé Isaac Adewole, alors qu'un précédent bilan faisait état de 750 morts."A date d'hier [mardi], le bilan [de l'épidémie de méningite] est de 813 personnes décédées", a indiqué le ministre à la presse à Abuja après une réunion de son cabinet."Nous en sommes à la 16ème semaine. Nous remarquons à présent un ralentissement de l'épidémie", a-t-il relevé."Nous sortons de la saison propice à son expansion. Nous sommes confiants dans le fait que tout sera terminé d'ici à quelques semaines", a-t-il expliqué.L'immense majorité des cas suspects (93%) ont été recensés dans cinq États du nord du Nigeria - Zamfara, Sokoto, Katsina, Kebbi et Niger - où une campagne de vaccination à été lancée le 5 avril.Le 19 avril, le Centre national nigérian de surveillance des maladies (NCDC) avait annoncé un bilan de 745 morts et plus de 8.000 cas suspects recensés.Les épidémies de méningite ne sont pas rares au Nigeria, géant ouest-africain de 190 millions d'habitants, qui se situe sur la "ceinture de la méningite" qui court du Sénégal à l’Éthiopie.Toutefois, des tests en laboratoire ont confirmé que cette méningite est d'un nouveau type (souche C). C'est la première fois qu'elle se déclare en épidémie dans le pays.Le ministre délégué à la Santé Osagie Ehanire avait déclaré début avril que près de 420.000 personnes ont déjà été vaccinées et le Nigeria devait encore recevoir 823.000 doses de vaccins en provenance de Grande-Bretagne pour poursuivre la campagne de vaccination.Adewole a indiqué que le gouvernement était, avec une entreprise pharmaceutique locale, en phase de recherches pour produire des vaccins au Nigeria.

RDC: 20 morts dans des affrontements interethniques au Kasaï

Vingt personnes ont été tuées dans des affrontements inter-ethniques dans la province du Kasaï, zone du centre de la République démocratique du Congo secouée par des violences meurtrières depuis septembre de l'an dernier, a indiqué l'ONU mercredi.Ces violences ont eu lieu le 19 avril "dans la localité de Mungamba, située à 30 kilomètres à l’est de Tshikapa", capitale du Kasaï, indique un communiqué de la Mission de l'ONU au Congo (Monusco).Les affrontements "entre les communautés Lulua-Luba et Chokwe-Pende" ont fait 20 morts parmi ces derniers, ajoute le texte.Les Chokwe-Pende se considèrent comme autochtones de la région du Kasaï et accusent les Lulua-Luba venus du Kasaï-central voisin, de soutenir les miliciens Kamwina Nsapu.Ces derniers se réclament du chef coutumier Kamwina Nsapu tué en août 2016 au Kasaï-central par les forces de l'ordre après s'être rebellé contre les autorités congolaises. Les provinces du centre de la RDC sont depuis secouées par des violences entre forces de sécurité et miliciens qui ont causé la mort de centaines de personnes, dont deux experts étrangers - l'Américain Michael Sharp et la Suédo-chilienne Zaida Catalan - missionnés par le secrétaire général de l'ONU pour enquêter dans la région.Vendredi, l'ONU a déclaré que le seuil d'un million de déplacés liés aux violences dans la région avait été franchi. La rébellion Kamwina Nsapu a été accusée par l'ONU de recruter des enfants et d'avoir commis de nombreuses atrocités.Les forces de l'ordre se voient, quant à elles, reprocher par l'ONU de faire un usage disproportionné de la force contre des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres. Ces forces de l'ordre ont été mises en cause en février sur internet dans des vidéos montrant des massacres présumés de rebelles.Dans cette zone, l'ONU a déclaré mercredi avoir documenté un total de 40 fosses communes depuis le début des violences en septembre dernier.

Maroc: saisie de 421 tonnes de sacs plastique depuis leur interdiction

Plus de 421 tonnes de sacs en plastique ont été saisies par les autorités marocaines depuis l'entrée en vigueur il y a un an d'une loi interdisant ces sacs dans le pays, a-t-on appris mercredi de source officielle.Avec cette législation, baptisée "zéro mika" ("zéro plastique" en arabe), le royaume était devenu l'un des premiers pays africains, au côté du Rwanda, à bannir totalement les sacs plastique.En un an, "plus de 421 tonnes de sacs en plastique, 70 machines de fabrication, 16 véhicules" ont été saisies, et 55 personnes interpellées, indique un communiqué du ministère de l'Intérieur.Au cours du 1er trimestre 2017, ce sont 36 tonnes de sacs en plastique et 51 machines qui ont été saisies dans des opérations de démantèlement de plusieurs unités clandestines de fabrication, ajoute l'Intérieur.Depuis son entrée en vigueur, la mesure est appliquée scrupuleusement, dans les boutiques et supermarchés, notamment dans les grandes villes. Elle contribue manifestement à la lutte contre la pollution au quotidien au Maroc, alors que ces sacs plastique sont un fléau dans de nombreux pays africains.Les Marocains utilisent désormais des sacs de substitution en tissu. Un fonds de 20 millions d'euros a par ailleurs été mis en place par le ministère de l'Industrie pour accompagner les entreprises touchées par la loi.Début 2017, le gouvernement avait salué les "résultats encourageants" de l'opération, estimant que l'utilisation des sacs plastique était "quasiment éradiquée" dans le pays.Le Maroc a accueilli en octobre 2016 la conférence internationale sur le climat COP22, et a engagé ces dernières années une stratégie volontariste en matière d'énergies "vertes" et de développement durable.

Sénégal: au festival de jazz de Saint-Louis, une émotion nommée Marcus Miller

Après avoir renoncé l'an dernier à participer au festival de jazz de Saint-Louis (nord du Sénégal) pour raison de sécurité, l'Afro-Américain Marcus Miller est venu au rendez-vous de 2017. Il a conquis et ému le public mardi soir.Miller s'est produit au deuxième jour de ce festival - surnommé aussi Saint-Louis Jazz, comme l'association qui l'organise. Ouverte lundi soir, la 25e édition de cet évènement culturel phare à Saint-Louis, se poursuit jusqu'au 1er mai sous haute surveillance en raison des menaces jihadistes dans le Sahel.Après le rendez-vous raté de 2016, sa prestation était très attendue. Sur scène, le musicien multi-instrumentiste de 57 ans a joué de la guitare et du saxophone, accompagné de son orchestre formé d'un claviste, d'un batteur et d'un saxophoniste.Marcus Miller a chanté, dansé et fait plusieurs fois applaudir le public, venu nombreux sur la Place Faidherbe, au cœur de Saint-Louis, ville située entre l'océan Atlantique et le fleuve Sénégal.Quand il a interprété "Gorée", un morceau en hommage à l'île au large de Dakar d'où ont été déportés de nombreux esclaves vers l'Amérique, les spectateurs étaient d'abord émus puis surexcités."C'était très dur quand j'ai visité Gorée. Ce morceau, je l'ai composé lors de ma première venue au Sénégal, il y a sept ans", pour évoquer "les douleurs" de la traite négrière mais aussi montrer que "l'esprit peut transcender les choses horribles", a-t-il dit, dans un français au fort accent américain.Autre morceau ayant fait bouger le public: "Tutu", qu'il a composé en 1986 pour le trompettiste de jazz américain Miles Davis, décédé en 1991.Avant Marcus Miller, la scène avait été occupée par le chanteur Lokua Kanza, virtuose de la musique acoustique originaire de la République démocratique du Congo (RDC). Autres séquences d'émotions.Avant de se laisser emporter par les notes de Marcus Miller et de Lokua Kanza, le public a, à la demande des organisateurs, observé une minute de silence en mémoire d'une figure de l'art et de la culture du Sénégal, Issa Samb, dit Joe Ouakam, décédé mardi à Dakar.Samb, septuagénaire, était peintre, sculpteur, dramaturge, comédien - il a notamment joué dans "Hyènes", du cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambéty - et fondateur de sites dédiés à l'art à Dakar.- Joe Ouakam l'anticonformiste -De frêle silhouette, arborant légères lunettes rondes, barbe, moustache et cheveux blancs mais aussi parfois des vêtements chauds par temps chaud, il représentait pour de nombreux Sénégalais une légende vivante de l'anticonformisme."Joe Ouakam a accompagné le festival par ses conseils. Un géant est parti", a déclaré Mamadou Diop, président de l'association Saint-Louis Jazz.Mais la magie des notes et le chagrin n'ont pas occulté les précautions de sécurité exceptionnelles.Mardi soir, comme la veille, des policiers en armes étaient déployés tout autour du site, des fouilles étaient faites à l'entrée.Le Sénégal est encore épargné par les attaques jihadistes qui ont frappé Bamako au Mali, Ouagadougou au Burkina Faso et Grand-Bassam en Côte d'Ivoire. Cependant, plusieurs jihadistes présumés y ont été arrêtés ces derniers mois et y sont maintenus en détention.Le programme du 25e Saint-Louis Jazz comporte des prestations d'autres grands noms de la musique, dont l'organiste et bluesman Lucky Peterson ou encore Lisa Simone - fille de Nina Simone, aux côtés des Sénégalais Baaba Maal et Cheikh Lô.Le festival de jazz de Saint-Louis est aujourd'hui, selon ses organisateurs, "une référence dans l'agenda musical international".Pour Alpha Abdoulaye Sow, qui a assisté au concert inaugural de la 25e édition, le Saint-Louis Jazz "est une vitrine pour la culture saint-louisienne. C'est grâce au festival que nous avons pu découvrir de grands musiciens de renommée mondiale comme les Marcus Miller, les Ali Farka Touré".Miller et Touré ainsi que Randy Weston, Herbie Hancock, Elvin Jones, Roy Haines, Lucky Peterson, Liz McComb, Gilberto Gil, Manu Dibango, Joe Zawinul, entre autres, ont contribué à construire la légende et la réputation de l'évènement.

Jean Pigozzi, collectionneur possédé par l'Afrique

Il a "inventé" le selfie, mais uniquement avec des stars, et cultive sa désinvolture de richissime héritier. Jean Pigozzi possède la plus grande collection d'art africain contemporain, dont un "best of" est exposé à la Fondation Vuitton, à Paris, mais il n'a jamais mis les pieds en Afrique."Je suis très content de faire cette expo, je me retrouve à 500 mètres de l'endroit où je suis né", dit Jean Pigozzi de sa voix de basse. "Je fréquentais le bowling qui était à l'emplacement de la Fondation Vuitton, et le Jardin d'acclimatation, avec les singes aux fesses roses".Son père, l'industriel turinois Enrico Teodoro Pigozzi fonda en 1935 la marque d'automobiles Simca. Licencié lors du rachat de la société par Chrysler en 1963, il meurt peu de temps après d'une crise cardiaque, laissant un confortable héritage à ses enfants, Jean et Caroline, journaliste proche du pape François. Âgé de 65 ans, Jean Pigozzi a eu plusieurs existences.Dans les années 70, ce colosse tout en rondeurs s'installe à Los Angeles, fréquente la jet set et côtoie les stars avec lesquelles il se prend en photo. A-t-il inventé le selfie comme l'assure la légende ? Difficile à dire mais il est certainement un des premiers à l'avoir pratiqué avec de multiples célébrités, de John Belushi à Catherine Deneuve. Au point d'en faire des livres où il publie aussi des photos des fêtes organisées dans la sompteuse villa de famille du Cap d'Antibes.Mais la grande affaire de sa vie est la collection d'art africain contemporain qu'il a constituée à partir de 1989. Le déclic est venu de l'exposition "Les Magiciens de la Terre" au Centre Pompidou, dévolue aux arts contemporains non occidentaux. "Je suis allé la voir le dernier jour, juste avant la fermeture, les gardiens me poussaient vers la sortie". Jean Pigozzi est séduit. - Cap sur le Japon -"J'étais collectionneur comme un notable de province. J'avais un petit Wahrol, un petit Schnabel, une petit Sol LeWitt... Ce n'était pas une collection intéressante", confie Jean Pigozzi. "Charles Saatchi (grand collectionneur britannique) m'avait dit +il faut que tu te spécialises+".Il s'adresse alors au commissaire adjoint des "Magiciens de la Terre" André Magnin. Pendant vingt ans, ce fin connaisseur de l'art africain va parcourir le continent pour constituer la collection Pigozzi. Résultat : 10.000 pièces récoltées et quelque 200 expositions sur tous les continents. "Il n'y a pas de connexion entre tous ces artistes, mais ils avaient trois points communs: ils étaient vivants, ils habitaient en Afrique et ils étaient noirs. Ceux qui ont émigré, je ne les collectionne plus", dit-il. Quant à la provenance, c'est "vaguement Afrique francophone. Le plus grand pays pour moi, c'est le Congo", assure Jean Pigozzi qui ne s'est pourtant jamais rendu dans un continent dont il redoute les dangers."C'est difficile d'être un artiste en Afrique. J'étais leur seul client", raconte volontiers Jean Pigozzi. "Certains devaient avoir un deuxième boulot pour nourrir leur famille. Souvent ils n'avaient tout simplement pas de quoi peindre. Il y a des problèmes de transport, d'emballage des oeuvres, les cadres infestés, les tableaux collés parce que la peinture n'est pas sèche...""Même aujourd'hui, si Pompidou me donnait 10 millions d'euros pour constituer une collection, ça serait très compliqué", ajoute-t-il.S'il n' a pas renoncé à l'art africain, Jean Pigozzi s'est lancé il y a six ans dans une nouvelle aventure: les jeunes artistes japonais. "Personne ne les connaît, il n'y a pas un livre sur l'art contemporain japonais". Mais contrairement à l'Afrique, il se rend régulièrement au Japon. Il fréquente aussi le Panama où il possède une île couverte de forêt primaire. "J'ai un centre de recherches sur les plantes, le climat, avec des scientifiques du MIT, de Harvard". Sa dernière idée, réunir dans ce lieu des chercheurs et des artistes.

Zambie: l'accusation de trahison maintenue contre le chef de l'opposition

La justice zambienne a refusé mercredi d'abandonner les poursuites pour trahison contre Hakainde Hichilema, le leader de l'opposition emprisonné depuis plus de deux semaines après avoir tenté de perturber le passage du convoi présidentiel. Hakainde Hichilema est accusé d'avoir entrepris de "renverser par des moyens illégaux le gouvernement du président Lungu, à des dates inconnues entre le 10 octobre 2016 et le 8 avril 2017"."La loi ne donne pas à cette cour le pouvoir de retirer cette accusation", a déclaré le juge Greenwell Malumani, devant un tribunal de Lusaka plein à craquer, rejetant l'abandon des poursuites réclamé par M. Hichilema. Le magistrat a indiqué que le chef de l'opposition devait adresser cette demande à l'instance compétente, la Haute Cour de Lusaka.Le crime de trahison est passible en Zambie d'une peine allant de quinze ans de prison à la peine capitale.Hakainde Hichilema est également poursuivi pour "insultes" et "refus d'obtempérer à une injonction policière" pour avoir gêné le passage du convoi de son rival, le président Edgar Lungu, lors d'un déplacement dans l'ouest de la Zambie, au début du mois. Éternel vaincu aux élections présidentielles, il avait échoué pour la cinquième fois consécutive en août dernier, devancé de 100.000 voix (2,5%) par le dirigeant sortant Edgar Lungu, au pouvoir depuis 2015. Celui qu'on surnomme "HH" en Zambie refuse d'admettre sa défaite et conteste toujours les résultats, arguant de fraudes, même si la Cour constitutionnelle a validé la réélection de son rival.

Les journalistes du Maghreb "sous haute tension", selon RSF

Le journalisme reste "sous haute tension" en Afrique du nord en raison notamment de la persistance de "lignes rouges", comme la corruption et les conflits d'intérêts, a affirmé mercredi à Tunis Reporters sans frontières (RSF)."La situation de la liberté de la presse s'aggrave (dans la région). Les journalistes ont de plus en plus de mal à informer librement", a déclaré à l'AFP Yasmine Kacha, directrice du bureau Afrique du nord de RSF, après une présentation aux médias du rapport 2017 sur la liberté de la presse.L'ONG a ainsi évoqué "les nombreuses lignes rouges imposées par des Etats peu enclins à permettre au journalisme indépendant d'occuper pleinement sa place de contre-pouvoir", surtout lorsqu'il aborde "des sujets d'intérêt général tels que la corruption, la fraude fiscale ou les lobbies d'influence".L'année 2016 a ainsi été "particulièrement difficile" pour la presse en Algérie -134e dans le classement sur 180 pays-, marquée par la mort en décembre du journaliste Mohamed Tamalt, emprisonné pour "offense au président de la République".Le Maroc, classé 133e, a montré en 2016 "une grande agressivité envers les journalistes étrangers", selon RSF qui dénonce l'expulsion de cinq journalistes européens."Le nombre d'exactions au Sahara occidental commises contre les journalistes sahraouis non-professionnels reste quant à lui élevé dans une zone impossible à couvrir pour les journalistes marocains", a poursuivi l'organisation.Le Maroc considère le Sahara occidental, qu’il contrôle, comme partie intégrante du royaume, alors que le Front Polisario, qui milite pour l’indépendance de cette ancienne colonie espagnole, réclame un référendum d'autodétermination.En Libye (163e), "un pays en guerre où on a plus que jamais besoin d’informations pour comprendre ce qui se passe" mais où "le nombre d'exactions est toujours en hausse", les journalistes fuient, a dit Yasmine Kacha.Classée 97e, la Tunisie, "seul pays (des Printemps arabes) à avoir réussi sa transition démocratique", reste en tête du classement pour l'Afrique du nord.Mais bien que la révolution de 2011 ait amené avec elle la liberté d'expression, "la persistance de l'autocensure et des conflits d'intérêts au sein des médias" n'a pas permis "la consolidation d'une presse libre", a déploré RSF.L'ONG s'inquiète aussi de "la vitesse avec laquelle le gouvernement (tunisien) cherche à faire passer la loi" devant mettre en place une instance pérenne de régulation de l'audiovisuel, et du "manque de consultations avec la société civile" sur ce texte.

Le pape en Egypte auprès des coptes meurtris par des attentats

Le pape se rend vendredi au Caire pour marquer sa proximité avec la plus grande communauté chrétienne du Moyen-Orient, meurtrie par des attaques terroristes, et tendre en même temps la main aux musulmans."J'espère que la visite sera une accolade de consolation et d'encouragement à tous les chrétiens du Moyen-Orient", a déclaré le pape dans un message vidéo transmis mardi aux Égyptiens, soulignant aussi son désir d'apporter "une contribution valable au dialogue interreligieux avec le monde de l'islam".Le monde "déchiré par la violence aveugle" a besoin de "paix, d'amour et de miséricorde", a plaidé le pontife argentin.Son déplacement très minuté de deux jours sera placé sous haute sécurité, alors que le pays est en état d'urgence après les attentats sanglants du 9 avril contre deux églises coptes.Pour autant, le pape François ne veut pas se déplacer en voiture blindée, stipule le porte-parole du Saint-Siège, Greg Burke, affirmant "ne pas avoir d'inquiétudes particulières" grâce au plan de sécurité mis au point par le ministère égyptien de l'Intérieur.Le pape de 80 ans aura vendredi une rencontre privée avec le grand imam sunnite d'Al-Azhar, cheikh Ahmed al-Tayeb, un professeur de philosophie islamique de 71 ans très critique des jihadistes, qui était venu au Vatican en mai 2016 après dix ans de relations glaciales.- Conférence pour la paix -L'université Al-Azhar, institution de référence de l'islam sunnite, organise vendredi une conférence internationale pour la paix, où le pape prendra la parole comme simple "participant", juste après l'imam. Le pape François s'entretiendra en outre vendredi avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. Critiqué à l'étranger pour des atteintes aux droits de l'Homme, il a néanmoins affiché une certaine ouverture vis-à-vis de la communauté chrétienne égyptienne depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Il a été le premier président égyptien à assister à une messe de Noël en 2015. Le président a promis aux Coptes de traquer les responsables des attaques revendiquées par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) contre des églises de Tanta et Alexandrie, qui ont coûté la vie à 45 personnes au début des célébrations de Pâques, dimanche 9 avril.Le chef spirituel de près de 1,3 milliard de catholiques dans le monde aura enfin vendredi une rencontre privée avec le pape copte orthodoxe d’Égypte Tawadros II. Ils se rendront à l'église copte Saint-Pierre et Saint-Paul, où un attentat à la bombe a fait 29 victimes en décembre, en plein cœur du Caire. Samedi, le pontife argentin se mettra en mode pastoral, avec une messe et des rencontres avec la très minoritaire communauté catholique égyptienne, qui compte moins de 300.000 fidèles.Les Coptes, majoritairement de tradition orthodoxe, représentent environ 10% des 92 millions d'Egyptiens. Leur histoire remonte à l'aube du christianisme. Ils étaient encore majoritaires en Egypte au 12ème siècle, rappelle le père Samir Khalil, spécialiste d'études islamo-chrétiennes auprès de l'Institut pontifical oriental de Rome.- 'Citoyens de seconde zone' -"Leur situation a changé depuis une dizaine d'années, sous l'influence des Frères musulmans qui ont commencé à inciter la population à être anti-chrétienne", estime cet expert né en Egypte. Il pointe aussi la problématique inscription de la confession religieuse sur tous les papiers d'identité égyptiens, alors que beaucoup de Coptes s'estiment tenus à l'écart des postes clefs du pays. "Les chrétiens réclament d'être considérés comme des citoyens égaux et non une minorité" dans un pays où l'islam est inscrit dans la Constitution, résume-t-il.Un prélat de haut rang du Vatican déplore aussi que les chrétiens soient "des citoyens de seconde zone" en Egypte, confrontés désormais à des terroristes voulant "montrer qu'il est impossible de vivre ensemble comme citoyens égaux".La visite du pape au Caire vise plus particulièrement à consolider les relations entre Al-Azhar et le Vatican qui s'étaient crispées à partir de 2006, en raison de propos controversés du pape Benoît XVI semblant associer islam et violence.Après des décennies d'efforts, le dialogue interreligieux avec l'islam reste grandement "au niveau des élites", constate le haut responsable du Vatican, avec une pointe de découragement. "Mais si le dialogue existe, c'est déjà beaucoup!", ajoute-t-il aussitôt.

Mozambique: la guerre contre l'exploitation illégale des forêts

Un garde-forestier arrête un camion qui transporte du bois illégalement, à Pemba au Mozambique, le 13 février 2017
Quelques minutes ont suffi. L'unité de garde-forestiers de Nicolau Moises vient à peine de se déployer sur la route qui mène au port de Pemba, dans le nord du Mozambique, qu'elle a déjà conclu sa première affaire: la saisie d'un camion chargé de bambous fraîchement sciés.Le chauffeur est verbalisé pour avoir enfreint un moratoire annuel de 90 jours sur les coupes et le transport de bois instauré par les autorités du Mozambique.Début avril, le gouvernement de Maputo a décidé de prolonger l'interdiction de trois mois supplémentaires, pour tenter d'enrayer ou au moins de ralentir le trafic du bois. Car la déforestation menace la forêt tropicale qui recouvre plus de la moitié de la superficie de ce pays d'Afrique australe, largement nourrie par l'insatiable appétit de la Chine pour son bois, notamment ses espèces les plus rares.Depuis plusieurs années, l'exploitation incontrôlée voire totalement illégale pèse de plus en plus lourdement sur l'équilibre de l'écosystème forestier local, au point que certaines espèces sont désormais menacées d'extinction.Dans une récente étude, l'ONG londonienne Environmental Investigation Agency (EIA) a évalué à au moins 93% la part illégale de l'exploitation forestière au Mozambique."Ces cinq dernières années, le trafic du bois a augmenté", reconnaît lui-même le ministre mozambicain de l'Environnement, Celso Correia. "C'est devenu un défi majeur pour le pays."La corruption, la faiblesse de l'arsenal législatif et l'inefficacité de l'administration, auxquelles s'ajoutent le manque criant de ressources financières du pays, l'un des plus pauvres du continent africain, expliquent pour une large part ce phénomène.- 'Crime organisé’ -"Nous sommes confrontés au crime organisé", explique le ministre Correia, "nous devons donc livrer une autre guerre, que des institutions normales ne sont pas en mesure de remporter".L'enjeu est considérable. Celso Correia estime que l'abattage illégal coûte chaque année plus d'un demi-milliard de dollars à son pays. Soit près de 3,5% de son produit intérieur brut, qui était de 14,7 milliards en 2015 selon la Banque mondiale.Pour limiter cette perte sèche, le gouvernement a récemment déclaré la guerre aux trafiquants en lançant une série de mesures.Parmi les plus spectaculaires, l'interdiction de l'exportation de tout type de bois en tronc, donc sans transformation préalable, un moratoire de cinq ans sur l'exportation des espèces les plus menacées et le gel, jusqu'à au moins 2019, de la délivrance de tout nouveau permis d'exploitation forestière."Il n'y avait pas de règle jusque-là, nous disposons maintenant d'un arsenal efficace", estime le ministre de l'Environnement, "et nous avons en outre renforcé nos capacités de commandement et de contrôle sur le terrain".Mais la surveillance du grand no man's land vert mozambicain se révèle être une tâche particulièrement ardue."Ce travail est difficile parce que nous n'avons pas de moyens suffisants et pas assez de personnel", regrette Nicolau Moises, responsable du secteur des forêts dans la province du Cabo Delgado. Pour y remédier, le ministère a lancé en mars une vaste opération en envoyant des inspecteurs depuis la capitale: 120 compagnies forestières ont été perquisitionnées dans tout le pays. Les trois quarts d'entre elles ont été verbalisées et 150.000 mètres cubes de bois ont été saisis, du jamais vu au Mozambique.Comme dans beaucoup d'autres pays africains menacés par la déforestation, la Chine, qui a largement limité les coupes de bois dans ses forêts depuis les années 2000, fait figure d'accusée numéro 1.- 'Créer des emplois’ -Après quelques heures de contrôles routiers, l'unité de M. Moises rend visite à une entreprise chinoise établie depuis cinq ans à Pemba, sur la côte, où s'entassent des centaines de billes de bois prêtes à être exportées vers l'Asie. Elle ne relèvera aucune infraction."Nous respectons la loi, nous n'exportons jamais illégalement", assure la main sur le coeur son patron, Rothschild Xu.Même si la tâche paraît énorme, l'issue du combat contre l'exploitation illégale ne fait aux yeux de Celso Correia aucun doute. "Nous allons gagner, il n'y a pas d'alternative", martèle-t-il, "c'est un combat pour nos vies et celles des générations futures".Mais d'autres doutent sérieusement de l'efficacité du nouvel arsenal déployé par les autorités."Le gouvernement n'en fait pas assez", juge Erik Charas, un journaliste d'investigation très critique du pouvoir, qui affirme que "des personnes clés du gouvernement" travaillent discrètement avec l'industrie chinoise du bois.Les industriels mozambicains de la transformation du bois, eux, veulent croire que l'interdiction de l'exportation du bois brut va changer la donne pour leur secteur d'activité."C'est une mesure positive, car la transformation locale du bois désormais obligatoire va créer des emplois", estime Narciso Gabriel, propriétaire d'une scierie à Pemba et président de l'association des forestiers du Mozambique.Le jeu en vaut largement la chandelle aux yeux des autorités. Elles qualifient de "vol au grand jour" l'exportation de bois brut pour à peine 5 dollars un mètre cube qui est ensuite revendu à plus de 300 dollars sur le marché international."Mais, à l'évidence, tout le monde est loin d'avoir les moyens d'investir dans la transformation", s'empresse d'ajouter Narciso Gabriel, "et c'est bien là tout le problème".

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